Crise politique: Les manifestants des deux bords à Dakar, tous dans la rue

Des centaines de personnes se sont rassemblées à l’appel de la coalition d’opposition F24 sur un vaste terrain de sable dans un quartier populaire de Dakar. Dans le tumulte des sifflets et des cornes, arborant des drapeaux vert, jaune et rouge du Sénégal, elles ont exigé la tenue du scrutin. Le collectif citoyen Aar Sunu Election (« Préservons notre élection ») avait appelé à se joindre au mouvement, tout en cherchant à garder son indépendance.

 

Quelques heures après, une foule équivalente, elle aussi parée des couleurs nationales, a marché dans un tintamarre comparable dans un autre quartier plus résidentiel à l’initiative d’un collectif « Macky dans les coeurs », jusqu’alors inconnu. Pour Mamadou Dia, 30 ans, étudiant en aménagement du territoire, la date du scrutin importe peu. Il est venu défendre l’action menée pendant 12 ans par le président Sall, soumis à des multiples pressions et critiques à quelques semaines de son départ. « On est là pour montrer à l’opinion nationale et internationale que ce que les gens disent sur Macky Sall est archifaux. Macky Sall a fait tout ce qu’il devait faire pour le Sénégal », dit-il. Le ton était radicalement différent à la manifestation du F24.

L’exigence d’élection s’est élargie à la protestation contre le pouvoir et aux slogans pour la libération des opposants Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, dont les supporteurs étaient les plus visibles et bruyants. « Nous voulons des élections, Macky Sall dictateur, Diomaye mooy Sonko », ont scandé des manifestantes. « Je manifeste pour une seule chose: que Sonko soit libéré. Que Macky Sall cesse d’utiliser la force contre les manifestants », a dit Ibrahima Niang, un éboueur de 34 ans, portant l’un des nombreux posters de M. Sonko exhibés samedi. Front du refus La préfecture a autorisé la manifestation alors que les autorités ont interdit de nombreux rassemblements d’opposition ces dernières années. Les forces de sécurité, autrement promptes à disperser par la force les manifestations non autorisées, sont restées à l’écart.

Les manifestants ont fait la police eux-mêmes en empêchant deux jeunes de brandir le drapeau de la Russie. Le pouvoir a affirmé dernièrement sa volonté d’apaisement. Le rectorat a annoncé samedi la réouverture de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, un bastion historique de contestation fermé depuis juin 2023. La décision du président Sall de reporter l’élection, dénoncée par l’opposition comme un « coup d’Etat constitutionnel », a provoqué des manifestations qui ont fait quatre morts et donné lieu à des dizaines d’interpellations. En opposant leur veto au report, les « Sages » du Conseil constitutionnel ont reconnu l’impossibilité pratique de voter le 25 février et demandé aux autorités d’organiser le scrutin dans « les meilleurs délais ».

Le président s’est incliné. Mais il suspend la détermination d’une date à un dialogue prévu lundi et mardi avec les acteurs politiques et sociaux. Nombre de ces acteurs refusent de répondre à l’invitation. Ils réclament la tenue du scrutin avant le 2 avril, alors que le président Sall a exprimé ses doutes sur la faisabilité d’un tel calendrier. Seize des 19 candidats retenus en janvier par le Conseil constitutionnel ont réitéré samedi leur fin de non-recevoir quand le gouvernement a annoncé par communiqué que le chef de l’Etat les recevrait lundi à 11H00. Le collectif Aar Sunu, revendiquant plus de cent organisations de la société civile, a annoncé saisir le Conseil constitutionnel pour qu’il se substitue au chef de l’Etat et fixe la date.

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